J’ai vu …Vers l’autre rive.

Ohayo minna san !

Ça fait 3 mois que je n’ai plus posté sur le blog, la raison de cette absence viendra dans les prochains jours. En attendant, il est temps que cette absence se termine. Et, pour se faire, je vais vous parler d’un film que j’ai vu vendredi.

Mais, avant de parler du film, permettez moi de vous présenter rapidement le réalisateur. Même si les puristes le connaissent, ce n’est pas le cas de tous.

Kiyoshi Kurosawa, donc, est un réalisateur japonais né le 19 Juillet 1955 a Kôbe et est considéré comme un maître du cinéma japonais, ayant largement contribué a son redressement, notamment en Occident. En revanche, bien qu’ils aient le même nom de famille, il n’a aucun lien de parenté avec Akira Kurosawa

Il est considéré à ses débuts comme étant de l’école du Super 8 . En effet, de 1974 a 1983, il tourna pas moins d’une dizaine de films dans ce format, avec des réussites diverses. En 1980 il signe un moyen métrage, Vertigo College, récompensé au PIA Film Festival, qui lui ouvre les portes du cinéma.

En 1983, il est embauché par la Nikkatsu, qui étaient donc dans leur période de Pink Eiga, ou romance pornographique. Il y connaît un succès pour le moins limité. Il y réalisera 2 films. Le 1er, Kandagawa Wars (Kandagawa inran sensô en japonais ) ne satisfait pas le public car ne contient pas assez de scènes érotiques. Le 2eme, Joshi Dazei : Hazukashii seminar ne sera finalement pas distribué. Kurosawa décide de le racheter, et le film sortira finalement en 1985 sous le joli petit nom de The Excitement of the DoReMiFa Girl

Seul problème, les conséquences de cet acte sont lourdes pour lui. Il est placé sur la liste noire des producteurs, et sa carrière s’arrête brutalement.

Néanmoins, il revient dans le circuit en 1989, après 4 ans passés à enseigner a la Film School of Tokyo. Il signe en effet un film extrêmement important pour lui, qui signifie son retour dans le cinéma : Sweet Home, un film oscillant entre The Haunting de Robert Wise et Poltergeist, la trilogie de films produite par Steven Spielberg

De 1990 a 1994, il tournera pour la télé Japonaise Kansai TV, principalement des films d’horreur. En 1992, il écrit un ouvrage, nommé Eizo no Karisma : Kurosawa Kiyoshi Eigashi, et bénéficie d’un logement au Sundance Institute pour finaliser l’écriture de son film Charisma.

La célébrité et la reconnaissance lui arrivent en 1997. Cette année la il sort Cure, film considéré comme étant son meilleur a ce jour, son 1er film à s’exporter en Occident en 1999. Film suivi peu de temps après par Charisma et Kaïro. Jellyfish, sorti en 2003, est quand à lui présenté en compétition officielle au Festival de Cannes.

Dans ses films, Kurosawa aborde beaucoup de sujets. Il affectionne particulièrement le thriller, mais ses films traitent beaucoup de problèmes relationnels entre personnes. Le suicide, les tueurs, mais aussi des relations moins “dramatiques”, comme dans Charisma et Jellyfish. Suite à ça, il sort entre 2003 et 2013 pas moins de 13 films, dont la plupart connaissent le succès en occident, tout en gardant sa patte et son style si particulier.

De 2013 a 2015, il ne sort plus rien. Et nous voila arrivés a la partie qui nous intéresse.

Effectivement, le 17 Mai 2015 est présenté au Festival de Cannes le film Vers l’autre rive, qui remportera le prix Un certain regard. Et comme des images valent mieux que des mots, je vous laisse la Bande Annonce avant de vous livrer mon analyse.

Comme vous pouvez le voir, le film traite de l’un des sujets favoris de Kurosawa, à savoir les relations entre les morts et les vivants. Mais la ou les fantômes précédents étaient porteurs d’inquiétude et de désespoir, Kurosawa nous offre une ode à l’harmonie et a l’amour. Yusuke ( Tadanobu Asano ) le mari mort depuis 3 ans de Mizuki ( Eri Fukatsu ) revient la voir pour lui proposer un road trip afin de lui montrer ce qu’il à fait ces 3 dernières années.

Adapté du livre Kishibe no Tabi de Kazumi Yumoto, une auteure japonaise, le film raconte comment les liens amoureux entre une femme et son mari résistent aussi bien à la mort qu’au temps qui s’écoule. Nous traversons donc le Japon rural, spectateurs un peu perdus que nous sommes. Les paysages sont magnifiques, loin des clichés de la belle et grande Tokyo. Nous sommes dans un monde à part, encerclés par les rizières et les forêts, cahotant sur des chemins de terre battue dans des bus de campagne.

Ici, on peut constater une pauvreté évidente. C’est pas non plus criant, mais ce n’est pas Tokyo. Dans le même temps, Kurosawa nous montre les liens unissant les gens. Du marchand de journaux au cuisinier, en passant par les travailleurs des rizières, tout le monde semble connaître Yusuke, et est heureux de le revoir ainsi que de rencontrer Mizuki. Le parallèle entre voyage et relation amoureuse fait penser à Voyage a deux de Stanley Donen.

Voila pour le synopsis, en gros. Passons désormais à mes impressions. Ce film n’est clairement pas a la portée de tout le monde. Beaucoup risquent de le détester, car ce film nous force à nous interroger sur nous mêmes, et est limite “gênant” pour le spectateur. Plus que les relations de couple, Kurosawa nous transmet ici une vraie philosophie des relations entre personnes. Ce que le film veut nous transmettre, une seule visualisation de l’œuvre ne nous permet pas de l’appréhender. C’est abstrait, indéterminé. Pour peu qu’on y soit réceptif, on ressort changé de la séance.

En effet, Kurosawa a exprimé, au moins en partie, cela, en disant ” En Japonais, il existe un verbe qui désigne le fait d’accompagner une personne mourante, autrement dit de veiller sur elle jusqu’à son trépas : mitoru. Reste à savoir s’il est possible de traduire avec subtilité toutes les nuances de ce mot dans une langue étrangère… Rares sont ceux qui ont vécu l’expérience de rester au chevet d’une personne sur le point de partir, de prendre délicatement sa main et de partager une émotion en ne quittant pas son visage des yeux. Par chance, je n’y ai moi-même encore jamais été confronté, mais aux dires de ceux qui l’ont été, ces quelques jours, ces quelques heures de face-à-face sont un moment de partage précieux et véritablement sacré. À l’intérieur de ce moment, le passé qu’ont partagé les deux personnes, le passé de chacun qui jusque-là demeurait inconnu de l’autre, mais aussi le futur que les deux personnes seront un jour amenées à expérimenter, tous ces instants sont évoqués, évalués et compris. Dans la réalité, ce dialogue émotionnel extrêmement intime a lieu au chevet d’un lit. Mais dans le monde de la fiction, pourquoi ne pas étirer au maximum le temps et l’espace nécessaires à ce processus et le narrer sous la forme d’un «voyage» ? C’est sur ce postulat osé que l’œuvre littéraire originale, Kishibe no tabi, a été construite. Au regard de mon expérience acquise en tant que réalisateur, le sujet qui m’attire le plus à l’heure actuelle, c’est l’adaptation au cinéma d’une vision comme celle-ci.

Depuis longtemps, j’ai l’idée que le corps et l’esprit existent à des niveaux différents. Ainsi, il m’a toujours semblé hâtif de penser que la mort emportait l’un et l’autre simultanément. Pour autant, lorsqu’il s’agissait de traiter des morts au niveau fictionnel, mon inspiration se limitait à une trame telle que : « Ils deviennent des fantômes et s’évertuent à mener une vengeance obstinée. » Comme vous le savez, cette figure du fantôme est un classique, qui existe depuis longtemps dans les kaidan (films d’épouvante) japonais aussi bien que chez Shakespeare. Dans Vers l’autre rive, un tout nouveau type de mort fait son apparition. Mieux, la figure décrite ici est fondamentalement différente des fantômes habituels. Emporté par une mort provisoire (une mort physique), Yusuke reste en ce monde trois ans de plus afin de se préparer doucement à son véritable départ (la disparition de son esprit). Que cet homme continue impassiblement de posséder un corps n’est que tout naturel. Pour commencer, le corps est un système mouvant qui n’a rien à voir avec une matière comme la roche. Des expériences ont prouvé que la matière qui constitue le corps, à commencer par le cerveau, est intégralement renouvelée au bout d’un an. Partant de ce constat, penser que le corps serait le socle de l’esprit est insensé. Or bien que je ne comprenne pas cet effet miraculeux selon lequel l’esprit se tient au dessus d’un système en perpétuel renouvellement, je peux néanmoins affirmer qu’il n’appartient pas au champ de la matière. Ainsi, même si le corps initial a déjà disparu, il est tout à fait plausible d’imaginer qu’il puisse à nouveau prendre forme. De même, il n’y a rien d’étonnant à imaginer que l’esprit vagabond de Yusuke se pose à nouveau au-dessus. D’ailleurs, il mange, dort et sa barbe pousse.

L’autre protagoniste de l’histoire est Mizuki qui se blottit contre ce défunt provisoire qui vient à elle, puis voyage avec lui et accomplit doucement la tâche d’accompagnement. Emmenée par Yusuke, elle fait de nombreuses rencontres, en particulier des personnes en transit comme lui. Au cours du voyage, Mizuki apprend « qu’on ne peut pas revenir en arrière », mais elle se raccroche au faible espoir qu’en ne cessant de prolonger ce voyage, le provisoire restera provisoire, et que leur quotidien ensemble se poursuivra comme avant. Mais est-ce réellement possible ? Quoi qu’il en soit, les trois ans d’absence de Yusuke seront progressivement comblés, et Mizuki goûtera à une plénitude jusque-là jamais ressentie. Leur passé commun, leur passé manquant et leur avenir commun seront évoqués, évalués et compris. Il me semble qu’à ce jour aucun film n’a encore jamais dépeint le fait d’être accompagné vers la mort de façon aussi vivante qu’à travers l’histoire d’amour de ce couple. “

(Note d’intention du réalisateur lors du Festival de Cannes)

Non content de traiter de thèmes poignants, la réalisation globale du film sert magistralement bien les intérêts de celui ci. Les plans relèvent du génie, on alterne gros plans et plans d’ensemble, plongée et contre plongée, de manière à nous laisser dans le trouble tout le long du film, et l’OST globale est soit mélancolique, soit joyeuse, de manière a ce que l’on ressente de nous même les émotions des différents protagonistes. Seuls reproches que je pourrais faire à ce film, c’est une légère prévisibilité, et quelques petites longueurs de temps en temps. Défauts qui sont vite oubliés au vu de ses grandes qualités.

Kiyoshi Kurosawa à pris un gros pari en nous offrant ce film, à savoir créer une œuvre sur un style qu’il ne maîtrise pas forcément. Loin d’être mauvais, ce film est sa plus grande réussite pour moi. Un pur chef d’œuvre, qui m’a bouleversé. Mon cœur me somme de lui mettre la note parfaite, mais ma raison me dit le contraire. Je lui donne donc un 9,5/10, et vous conseille chaudement d’aller le voir.

Sur ce je vous dit bonne soirée, et à bientôt.

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2 thoughts on “J’ai vu …Vers l’autre rive.

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